dimanche 15 avril 2018

Date Limite de Consommation

À l'heure où la poussière retombe sur les salmonelles Lactalis, sans que l'on en sache beaucoup sur la manière dont certains acteurs de la grande distribution ont pu gérer les demandes de retrait, voilà que je découvre une pratique ... douteuse d'un de ces derniers. Samedi 14 avril, voici ce que je trouve : une barquette avec 2 étiquettes :


Le nouveau numéro de lot est ... plus qu'étrange : "042018DINDE" alors qu'à l'évidence, il s'agit de veau. Ne croyez pas qu'il s'agisse d'une erreur, c'est simplement parce que ce jour-là, ils ont emballé aussi des escalopes de dinde. Et que leur balance pourra ainsi ressortir des statistiques "propres", ce que le ré-étiquetage d'une ou 2 barquettes isolées n'aurait pas permis.

Mais c'est surtout la date limite de consommation qui pose problème. Du 16 avril, on passe au 18. Et ceci me semble hors des clous. Examinons le Règlement Européen 1169/2011 : Article 24 - Date de durabilité minimale, date limite de consommation et date de congélation
1. Dans le cas de denrées alimentaires microbiologiquement très périssables et qui, de ce fait, sont susceptibles, après une courte période, de présenter un danger immédiat pour la santé humaine, la date de durabilité minimale est remplacée par la date limite de consommation. Au-delà de la date limite de consommation, une denrée alimentaire est dite dangereuse conformément à l’article 14, paragraphes 2 à 5, du règlement (CE) no 178/2002.


Modifier la DLC rend-elle la denrée moins dangereuse ? Je ne le pense pas... J'aimerais savoir ce que les agents de la DDPP du Rhône en pensent. J'aimerais aussi savoir ce que le fournisseur en pense, puisque c'est sa marque qui est en cause.

Ah ! l'éthique ....

H

vendredi 16 mars 2018

Une mémoire à éclipses


Dans le quotidien "La Voix du Nord" de mercredi dernier (14 mars 2018), un long article sur la pollution des eaux du robinet par les ions perchlorates, dans lequel un responsable explique notamment comment il arrive à diminuer la concentration au robinet en mélangeant des captages très contaminés avec des captages moins contaminés.

L'article commence en expliquant que la pollution provient des munitions tombées pendant la Première Guerre Mondiale, et indique "une découverte qui date de 2011". J'ai peur que la journaliste ne soit pas tout à fait à la page...

Les munitions tombées entre 1914 et 1918, on les connait depuis ... 100 ans ! Et leur contribution à la pollution depuis ... la même époque. Une carte a même été publiée en 1931 (voir la page Wikipedia consacrée à ce que l'on appelle la "Zone Rouge"). Les ions perchlorate ne sont que la partie émergée de l'iceberg. La pollution est bien pire que ça.

Les obus ont lourdement contaminé les sols par du plomb, bien sur, et aussi par du mercure, les amorces étant régulièrement constituées de fulminate de mercure. Pire, pendant des dizaines d'années, les munitions non explosées (on en retrouve toujours aujourd'hui) ont été détruites dans des "fourreaux", empilement d'obus et de bombes recouverts de terre que l'on faisait exploser. Ensuite, au même endroit, on recommençait à empiler d'autres obus et d'autres bombes. Je me souviens avoir lu quelque part que dans certaines zones, le sol était aussi riche que du minerai de bonne qualité.

Conserver la mémoire des événements passés est une tâche importante mais difficile. Comment garantira-t-on que les informations de sécurité nécessaires seront convenablement transmises aux générations futures, pendant quelques milliers d'années, à proximité de nos sites d'enfouissement de déchets radioactifs ?

Mais bon, en ce qui concerne la journaliste, elle est trop jeune pour avoir une mémoire pratique de la "grande" guerre. Heureusement pour elle.

H

lundi 19 février 2018

Si c'est vrai ...

On lit aujourd'hui sur Marianne.net, qui reprend une information de Europe1.fr, que Lactalis aurait obtenu des résultats "de complaisance" de la part d'un laboratoire d'analyses. Ouest France prend le risque de citer Eurofins, un géant mondial de l'analyse, notamment biologique. Les analyses porteraient sur la présence de traces d'allergènes, et pas de micro-organismes...

Lactalis dément l'information.

Peu importe le nom du laboratoire. Il est de toutes façons accrédité ISO 17025 par le Cofrac. La norme insiste sur le fait que le personnel du laboratoire doit être protégé, par sa hiérarchie, de toute pression ne nature à mettre en cause la confiance que l'on peut accorder au résultat.

Le problème avec les normes comme l'ISO 9001, l'ISO 13485 ou l'ISO 17025, c'est que l'auditeur (ou l'évaluateur dans le cas de l'accréditation), n'a absolument pas les moyens de déceler les mensonges. Souvenez-vous de l'affaire PIP, entreprise certifiée ISO 13485 et pourtant fabricant délibérément des produits non conformes...

Tout le système de certification, et même d'accréditation, repose sur l'idée que les différents acteurs sont de bonne foi. L'auditeur n'est pas un inspecteur assermenté, il ne dispose que de peu de pouvoir réel - au pire la certification ou l'accréditation seront refusées.

Aux États-Unis, les contrôles sont faits par une Agence Fédérale. La seule FDA s'occupe aussi bien de l'alimentation, des médicaments que des dispositifs médicaux. Des agents fédéraux disposent d'un réel pouvoir. Un employé pris à mentir risquerait de passer du temps dans un pénitencier. C'est évidemment plus sérieux.

Honnêtement, j'ai beaucoup de mal à croire qu'un labo comme Eurofins prenne le risque d'un comportement aussi déviant. Quand on perd sa crédibilité, on perd ses clients. Et je ne suis pas le seul à faire confiance au labo, puisque la bourse n'a pas vu chuter le cours de l'action aujourd'hui (-1.3% sur la journée, mais +16% sur un an, et même +1600% (oui, le cours a été multiplié par plus de 160) depuis février 2010).

Mais si les faits sont avérés, je pense que cela remettra en cause l'approche européenne de la surveillance des marchés par des acteurs privés (les organismes de certification) dont la compétence, si étendue soit-elle, ne permettra jamais remplacer le manque d'autorité.

H

lundi 12 février 2018

Le statut des fonctionnaires

Ainsi donc le gouvernement souhaite modifier le statut des fonctionnaires. Pour le rapprocher de celui des salariés du privé. Pourquoi pas ? Tous les gouvernements de la Vème république ont, un jour ou l'autre, annoncé qu'il n'existait pas de tabou sur tel ou tel sujet.

Et l'on entend sur les radios (enfin, sur les radios que j'écoute) des échanges vigoureux pour savoir si l'administration a des "usagers" ou des "clients". Les "clients" renverraient nécessairement à une vision mercantile de la société, et les "usagers" à une vision désintéressée. Il est amusant de constater que ce même discours se retrouve dans les structures médico-sociales ou médicales. "Nous, nous travaillons avec l'humain" est la réponse universelle à toutes les propositions. Travailler avec l'humain, certes, mais en échange d'un salaire, n'est-ce pas ? Il n'est donc pas totalement absurde de faire entrer un peu d'argent dans le tableau ? Alors, client ou usager, peu importe : il faut que l'activité du professionnel puisse générer de la valeur.

Et cette valeur peut fort bien être un service. Ou toute autre prestation immatérielle. Il suffit que quelqu'un considère que cette prestation a de la valeur pour que ça marche. Lorsqu'un citoyen se rend dans sa mairie pour obtenir un extrait de naissance, ou une carte d'identité, il reconnait que l'administration municipale va l'aider dans sa démarche, ne serait-ce qu'en la traitant.

Cette personne, c'est ce qu'on appelle un client. Acceptons cette définition et ne lançons pas de polémique sur le vocabulaire, ça n'apporte pas de valeur au débat ! La reconnaissance de valeur dans l'activité rend ipso facto le citoyen client. Donc l'administration devient fournisseur.

Les organisations sont au service de leurs clients. Et le client n'est pas nécessairement le client externe, celui qui paye, ni celui ou celle qui bénéficie du service. Le client peut aussi être un client interne. Et même dans l'administration, il y a des clients internes et des fournisseurs internes. Un professeur des écoles, un professeur de collège ou de lycée, sont autant de fournisseurs de service. Mais le rectorat est également un prestataire, au service de ses clients que sont (que devraient être) les enseignants.

C'est probablement là que les choses vont coincer. L'Administration publique dépense une énergie non négligeable à s'auto-surveiller, dans des procédures qui n'identifient pas toujours les véritables clients. Alors, on tombe dans la bureaucratie, avec des personnes dont la seule activité est de vérifier que le travail des contrôleurs est bien fait. Ces personnes travaillent, mais quelle valeur ajoutent-elles au système ? Quelle valeur ont-elles à proposer à celles et ceux qui sont au contact direct des clients finaux ? Et si elles sont au service de la direction (du ministre), peuvent-elles être exclusivement au service du ministère ?

Avant de s'écharper sur les distinctions envisageables entre "client" et "usager", il serait bon de se poser la question du but : quelle est la valeur que tel ou tel pan de l'administration doit apporter à la Société.

Ensuite on construira.

H

lundi 29 janvier 2018

Les EHPAD insoumises

Sur France Inter ce matin, Caroline Fiat, aide soignante et députée La France Insoumise, co-rapporteur d'une mission d'information sur les Établissements d'Hébergement de Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD) est au micro. Elle vient nous parler de la détresse du personnel de ces maisons de retraite, et de la mobilisation prévue ce jour.

Comme souvent - comme toujours - le discours est immédiatement orienté sur les moyens. "Il faut un ratio d'un salarié pour 6 résidents", et là, comme par miracle, tout ira mieux, les résidents seront mieux traités, le personnel sera heureux au travail, les arrêts maladie diminueront.

Pourquoi pas ? J'admets volontiers qu'avec plus de moyens on fait souvent mieux. Mais pourquoi ne parle-t-on pas des objectifs d'abord ? Parlez moyens avec n'importe qui, il ou elle vous répondra qu'il en faut plus. Toujours. Mais les moyens ne peuvent s'apprécier qu'en regard des missions à assurer. Quel dommage que l'on oublie cet élément essentiel à une discussion calme...

Et vers la fin de l'entretien, Mme Fiat parle des EHPAD à but lucratif. "Comment peut-on faire de l'argent ? On parle d'humain ici !" Passons sur le fait que le salaire des personnels doit bien venir de quelque part, et aussi sur celui que, dans le secteur d'activités des loisirs, on trouve des entreprises qui s'occupent fort bien d'humains tout en faisant de l'argent. Il ne faut pas tout mélanger : il n'y a pas de honte à gagner de l'argent - même s'il y en a parfois dans la manière d'utiliser l'argent gagné.

Mme Fiat termine son intervention en disant "tapez EHPAD dans une barre de recherches, et le premier résultat que vous obtiendrez sera 'investissez dans un EHPAD' ". J'ai immédiatement fait l'expérience. Et voilà ce que j'ai obtenu :
Comme souvent, ça commence par des résultats sponsorisés - les entreprises qui payent Google pour arriver tout en haut des résultats de recherches. Surprise, ces 2 résultats payants ne proposent pas d'investir dans des EHPAD :

Deux sites qui proposent de vous trouver une place d'hébergement. Bon. Voyons à présent les résultats non sponsorisés :



Toujours pas ! Dans l'ordre : le site du gouvernement, une association, wikipedia.

En fait, sur toute la première page, aucune proposition d'investissement. Et on sait (je sais) que lorsque votre site n'apparaît pas dans la première page des résultats de Google, les internautes n'iront pas, le plus souvent, le chercher en page 2.

Attention ! la limite de ma démonstration vient du fait que Google personnalise les résultats de recherches. En fait, 2 internautes différents obtiendront de Google 2 listes de résultats différents lorsqu'il feront la même recherche. Tout vient de nos habitudes de recherches. Et je ne peux donc pas dire ce qui arrive en tête sur l'ordinateur d'un internaute qui a l'habitude de faire des recherches sur les placements financiers...

Mme Fiat a-t-elle un avis sur la question ?

H

vendredi 19 janvier 2018

Mon classement Lactalis : le palmarès bouge !

Bienvenue à M. Mélanchon, grâce à cette fine analyse de l' "affaire Lactalis" : "Ça se paye de détruire l'Etat, ça se paye cher", ajoutant "C'est [Bruno Le Maire], quand il était ministre d'autre chose dans un autre gouvernement qui a supprimé des centaines de postes de contrôleurs". "Si vous ne contrôlez pas, ne vous étonnez pas qu'il y ait des problèmes".

Monsieur le député, ex-sénateur, ex-ministre, j'ai bien peur que vous n'ayez dépassé les limites de vos compétences - qui sont probablement très étendues. Mais elle restent insuffisante en matière de maîtrise de l'hygiène alimentaire.

Les contrôleurs, à eux seuls, auraient donc plus de pouvoir que les statistiques ? Malheureusement, uUn niveau de contamination aussi faible, les contrôleurs, publics ou privés, ne peuvent pas le voir avec les méthodes traditionnelles.

Mais ce qui me choque le plus, monsieur le député, c'est le parti pris que vous avez, consistant à considérer que, si l'on est riche, alors nécessairement on n'a pas de morale. Le patron du groupe Lactalis est riche (plus que vous, plus que moi), et sa richesse s'appuie (au moins en partie) sur la répartition très inégale des profits avec les éleveurs laitiers. Pour cela, d'accord, on peut suspecter une morale défaillante. Mais je pense qu'aujourd'hui rien ne permet d'affirmer que les fabricants avaient connaissance de la contamination des lots commercialisés. Encore une fois, parce que le niveau de contamination semble très faible.

Et je ne pense pas que la décision de commercialiser sciemment un ou plusieurs lots reconnus comme contaminés serait remontée jusqu'à lui. C'est en tout cas ce que je connais du fonctionnement des grands groupes. Il y aurait au moins eu un directeur sur le parcours menant du labo découvrant la contamination jusqu'au sommet de l'organigramme du groupe pour bloquer l'information. Car ce genre d'information fait courir un risque trop important de passer pour un incompétent.

En résumé, ce n'est pas parce que tout le monde est appelé à donner son avis qu'il faut en rajouter.

Ou alors, il faut amener une véritable information.

H

lundi 15 janvier 2018

Nouvelle entrée au palmarès : Philippe MARTINEZ

Sur France Inter, le secrétaire générale de la CGT est invité à donner son avis sur un certain nombre de sujets, parmi lesquels ... la crise de la Salmonelle chez Lactalis. Je résume son intervention "c'est la faute à la course aux profits, les patrons empêchent les salariés de bien faire leur travail." Un auditeur faisant remarquer que l'affirmation ne repose sur aucune preuve, M. MARTINEZ nous dit qu'il "se repose sur son expérience professionnelle, dans [son] entreprise".

Il se trouve que M. MARTINEZ vient du secteur de ... la métallurgie. Il a passé toute sa carrière chez Renault. Sa compétence en moteurs à combustion interne est certainement très supérieure à la mienne, mais j'ai des doutes sérieux sur sa compétence en matière de maîtrise de l'hygiène et en matière de conception de tours d'atomisation. C'est le piège des médias : l'invité est là, on lui pose toutes les questions d'actualité. Et l'invité considère qu'il doit absolument s'exprimer. Il serait bon d'arrêter cette mascarade.

Je ne connais pas les installations du site de Craon. Je ne sais pas si elles sont facilement nettoyables, je ne sais pas s'il est possible de les désinfecter. Je ne sais pas non plus si les pratiques sont défaillantes ou pas. Ce que mon expérience professionnelle m'a apporté c'est :
    • Que le lait en poudre n'est pas un médicament,
    • que ce n'est pas un produit stérile,
    • que si l'on veut transformer le lait en poudre en produit stérile, cela va couter cher au consommateur,
    • Que la surveillance de la contamination microbienne est une opération délicate
    • que les techniques d'échantillonnage sont inopérantes lorsque le caractère recherché est très rare,
    • que les décisions fondées sur des échantillons statistiques sont toujours accompagnées d'un niveau de risque, et que tous ou presque semblent l'avoir oublié,
    • qu'en conséquence les meilleures pratiques de nettoyage ont toutes les chances d'être, un jour ou l'autre, prises en défaut.
    • Qu'il arrive en effet que des dirigeants indélicats donnent des instructions pour diminuer les couts des contrôles ou des nettoyages,
    • mais qu'il arrive aussi que des salariés, y compris des syndiqués, y compris même au moins un délégué syndical CGT, ne réalisent pas les tâches de contrôle et/ou de nettoyage qui pourtant font partie de leurs tâches, pour lesquelles ils ont été formés. Je l'ai vécu (il y a plus de 15 ans il est vrai), et nous avions à l'époque rappelé une semaine de production en 2x8, une quantité très importante de moisissures s'étant développée dans un équipement de production, moisissures qui peuvent produire des mycotoxines dont certaines sont reconnues cancérogènes. Le salarié en question avait eu pour toute réponse "je ne vois pas pourquoi je devrais contrôler l'intérieur du tamis à farine".
    • Et que donc il convient de tourner un certain nombre de fois sa langue dans sa bouche avant de dire n'importe quoi.

Il pourrait aussi convenir de ne pas poser des questions pointues au premier qui passe devant le micro, mais il semble que la mode ne soit pas à cette tendance-là...

H