dimanche 22 janvier 2017

Revoilà PIP

Le scandale des prothèses PIP, qui date de plus de 15 ans, rebondit ces jours-ci avec une décision de justice que je vais bien me garder de commenter - ce qui ne m'empêchera pas de parler de l'affaire.

Jean-Claude MAS, donc, patron de Poly-Implant Prothèse, remplissait (ou faisait remplir) les prothèses mammaires commercialisées par son entreprise par des mélanges semble-t-il fantaisiste de silicones à usages variés. L'intérêt principal étant de réaliser d'importantes économies. L'entreprise est un gros acteur du secteur (on parle du 3ème rang mondial) et exporte plus de 80% de sa production, notamment vers l'Amérique du Sud (près de 60% des volumes), l'Europe de l'Est, la Chine et les États-Unis.

Les prothèses mammaires sont des "dispositifs médicaux implantables". Les réglementations internationales sont assez claires sur le sujet : ce sont des produits qui font courir des risques importants aux citoyens. Au sein de l'Union Européenne, les dispositifs médicaux doivent être revêtus du "marquage CE". C'est la Directive 93/42/CEE qui le stipule. En fonction du classement, le fabricant doit ou non faire valider sa production par un "organisme désigné", laboratoire indépendant qui va confirmer que le produit qu'on lui a fait tester est conforme à un certain nombre de critères. Ensuite, le fabricant peut justifier de la maîtrise de son procédé pour affirmer que tous les produits qu'il fabrique sont identiques au produit ayant été testé par l'organisme notifié (et donc qu'ils sont eux aussi conformes). On parle ici d' "Assurance Qualité de la Production", ou de "Système Complet d'Assurance Qualité".

Dans les deux cas, le fabricant doit faire certifier que son système de management de la qualité est conforme aux exigences de la Norme ISO 15189 "Systèmes de management de la qualité - Exigences à des fins réglementaires". Et c'est là que j'ai des choses à dire...

L'Union Européenne a identifié que certains produits, faisant courir des risques à des citoyens, devaient être régulés. C'est une bonne approche. Mais ensuite, la surveillance est déléguée à des organismes certificateurs, structures privées et ne disposant que de très peu de moyens pour faire ce que l'on attend d'elles. Un organisme certificateur certifie la conformité du système de management à un certain nombre d'exigences normatives. L'auditeur va donc poser des questions en lien avec les exigences spécifiées dans la norme. Il n'est pas question de parler du produit.

La certification de conformité à des normes volontaires sur les systèmes de management repose sur des fondements fragiles : on fait en effet l'hypothèse de la bonne foi, de l'éthique de toutes les parties au problème. Que l'un d'entre eux veuille tricher, personne ne s'en rendra compte.

Condamner l'organisme certificateur à payer des dommages à 30 000 victimes françaises est une réponse inadaptée au problème : si les pouvoirs publics souhaitent des garanties, il faut qu'ils confient le travail d'inspection à une agence publique. En France, il s'agit de l'ANSM, qui possède des pouvoirs importants, mais pas des moyens qui lui permettraient d'accomplir sa mission. À la différence de ce qui se passe aux États-Unis, où la Food and Drugs Administration est une agence fédérale, dont les agents peuvent faire fermer un établissement sur-le-champ.

Bien sûr, cela ferait des fonctionnaires en plus...

H

jeudi 12 janvier 2017

La bonne année

En ces temps grippés de début d'année, je présente mes vœux pour 2017 à mes lecteurs. Je souhaite de tout mon cœur que l'humanité s'apaise, partout sur notre planète. Les guerres, quelles que soient leurs formes, ne sont que du temps perdu, puisqu'il faudra bien, tôt ou tard, en revenir à la cohabitation - ça a toujours été ainsi.

Plus amusant, le message que j'ai reçu aujourd'hui d'Air France. Il faut dire que j'ai profité de cette fin d'année pour aller visiter une capitale européenne, et assister de là bas au feu d'artifice qui a accueilli 2017. Le voyage aller a été perturbé par le brouillard, correspondance manquée, et arrivée avec 10 heures de retard. Le retour a été plus conforme aux prévisions - à ceci près que notre valise n'était pas dans l'avion. Elle a donc été livrée le lendemain. C'est un petit souci, bien moins perturbant que si c'était à l'aller que nous avions été privés d'affaires de toilette et de vêtements de rechange.

Mais, voilà! Les qualiticiens (?) des entreprises (le point d'interrogation signifie que ce sont peut-être les gens de marketing qui sont à l'origine de cette mode) ont décidé qu'il fallait questionner sans cesse le client sur sa satisfaction. La SNCF fait cela, les hôtels font cela, les vendeurs de livres aussi... J'ai donc reçu un questionnaire me demandant ceci :

"Quelle appréciation portez vous sur Air France pour la gestion globale de votre dossier bagages manquants?".

Belle question que voilà ! Mais peut-on y répondre ? Je ne suis pas satisfait du tout de ne pas avoir pu récupérer ma valise à l'arrivée. D'autant plus que j'ai attendu 25 minutes devant le tapis à bagages. Le traitement ultérieur a été bon, le personnel courtois (à ceci près que le transporteur a téléphoné à 21 h 30 pour prendre rendez-vous, en appel masqué...), et la livraison somme toute rapide. Et puis j'étais disponible à mon domicile pour la récupérer. Mais je ne peux pas dire que je vais sauter de joie et féliciter tout le monde.

Parce qu'à la base, il y a tout de même une belle dose de non-qualité. Comment peut-on exploiter les résultats de ces enquêtes ? Si tous les clients se déclarent très satisfaits, ils vont se mettre à égarer plus de bagages, pour faire profiter plus de voyageurs de cet excellent service ?

Ah... la multiplication des indicateurs qualité nous entraîne dans de bien étranges chemins...

H

jeudi 22 décembre 2016

Principes de management

Sur LinkedIn, un bel article d'André Borschberg, le co-créateur du projet Solar Impulse , cet avion solaire qui a bouclé un tour du monde cette année. C'est intitulé "8 principes pour rendre possible l'impossible". C'est tellement bien, que je vous fais une traduction des grands titres :

1 - Faites en sorte que votre vision soit concise, claire ("crisp"), facile à communiquer et compréhensible. Elle doit être suffisamment claire pour que vous n'ayez jamais à la répéter !

2 - Associez-vous avec quelqu'un qui complète votre vision du monde et vos compétences. Il est important qu'il ou elle soit très différent de vous car c'est ce qui fait que vous êtes différent qui créera de la valeur. Mais il est également critique que vous partagiez une base commune très solide qui vous fera rester ensemble dans les temps difficiles.

3 - Créez une équipe à haute performance en combinant "l'empowerment" et le défi. En proposant des défis à votre équipe, vous élargirez leur territoire de savoir, de compétence et de confiance.

4 - Soyez un coach dans les temps calmes, et un leader dans la tempête.

5 - Construisez des forces opposées dans votre équipe pour éviter l'autosatisfaction et rater vos objectifs.

6 - Soyez sur d'accueillir l'inattendu et le changement.

7 - Voyez les obstacles comme des opportunités. Quand vous êtes confronté à un problème, passez assez de temps pour comprendre ce que la nouvelle situation va vous apporter.

8 - Préparez-vous au pire pour libérer votre esprit de l'anxiété et les pensées négatives.

Vu ce qu'il a réussi à accomplir, je pense que l'on peut lui faire confiance !

H

mercredi 21 décembre 2016

Homéopathie

Sale coup pour les médicaments homéopathiques - au moins aux États-Unis.
Une décision de la Commission Fédérale du Commerce américaine demande que les préparations homéopathiques vendues sans ordonnance ("OTC", ou "Over the counter" en anglais) portent, sur leur emballage, les mentions suivantes:
(1) "Il n'existe pas de preuve scientifique de l'efficacité du produit", et
(2) "Les affirmations du produit ne sont basées que sur les théories de l'homéopathie datant des années 1700 qui ne sont pas acceptées par la majorité des experts médicaux modernes."

Bien sur, l'American Institute of Homeopathy n'est pas d'accord. Mais je serais surpris que cela change grand chose.

Parmi les arguments de cet institut, il y a la possibilité de mesurer le principe actif dans les produits. Voyons voir...

Lorsqu'une granule porte la mention "5 CH", cela signifie que le principe actif a été dilué 5 fois de suite au centième. On est donc au 10-milliardième. soit 0.1 ng/g Cela ne fait pas beaucoup, mais en effet, il existe des systèmes analytiques qui arrivent à un seuil de détection aussi bas. Mais quand on parle de 15 CH, on arrive à une concentration de l'ordre du milligramme dans 10 puissance 14 milliards de tonnes, ou un picogramme dans 10 puissance 8 milliards de tonnes. C'est tellement dilué que l'on en perd son latin.

En tout cas, ça en fait, des granules !

H

vendredi 2 décembre 2016

Encore vous, Monsieur SEUX ?


Décidément, l'un d'entre nous n'a pas de chance. Soit c'est vous, parce que j'épingle régulièrement vos propos, soit c'est moi, parce que je suis à l'écoute de la radio sur laquelle vous distillez vos analyses à l'heure à laquelle vous le faites.

Hier 2 décembre 2016, sur France Inter, vous avez lu votre papier, dans lequel vous avez en un temps record analysé les échecs du président sortant. Vous avez notamment dit ceci : "Ils [les socialistes] n'avaient pas vu que le problème numéro un de notre économie n'était pas budgétaire mais la perte de compétitivité. Et comme François HOLLANDE a commencé par créer un choc de défiance avec les impôts, il a mis quelques mois fatals pour se pencher sur le vrai sujet : les entreprises. Le retard à l'allumage n'a jamais été rattrapé."

Je ne m'étendrai pas sur ce constat étrange, en désaccord avec ce que vous expliquez à longueur de temps : vous dites en gros que le problème n'est qu'un retard à l'allumage de quelques mois - donc que la politique suivie était la bonne, et qu'il suffit de continuer à attendre un peu. Ni sur le fait que vous appelez visiblement de vos vœux l'interventionnisme de l’État - ce que vous récusez d'habitude.

Ce qui me choque, comme toujours, c'est que vous excluez de votre cadre de référence la possibilité que les leviers de compétitivité les plus importants puissent se retrouver à l'intérieur même de l'entreprise, dans des organisations à réformer. Pas en supprimant du personnel, en robotisant ou en recherchant des fournisseurs low-cost ailleurs qu'en France; non  en arrêtant de gaspiller des ressources précieuses en décisions absurdes, en échelons hiérarchiques structurels n'apportant aucune valeur, se contentant de surveiller et de contrôler le travail d'autres surveillants et contrôleurs qui eux-même surveillent et contrôlent d'autres personnes. Ou en laissant écrire des procédures dont le seul objet est de contrôler que d'autres procédures sont bien appliquées. Vous sauriez, Monsieur SEUX, si vous aviez passé quelques temps dans les échelons subalternes d'une entreprise du secteur marchand (ou dans une structure publique, les mauvaises pratiques se retrouvent partout), que les politiques sont totalement impuissants à ouvrir les yeux des chefs d'entreprises qui pensent que les solutions à leurs problèmes passent par des interventions externes. Qui sont persuadés que les erreurs ne peuvent venir que des couches inférieures de la pyramide hiérarchique. Qui ne pensent compétitivité qu'au travers du plan comptable, lequel ne possède aucune rubrique pour les décisions absurdes, les choix stratégiques désastreux ou les gaspillages institutionnalisés.

Tant pis pour ceux qui vous écoutent !

H

mercredi 30 novembre 2016

Mais qu'est-ce que c'est que ce truc-là ?

* * * complément * * *
Après recherches sur le net, il semble que l'auteur de cette campagne soit un ressortissant Russe, qui ne fait que du "marketing créatif". Il a inventé un programme qui ne visite pas les sites des internautes, mais qui trompe Google Analytics en lui envoyant des informations contenant son message et des identifiants générés au hasard. Ce n'est donc que le hasard qui est responsable des quelques dizaines de visites que Google Analytics attribue à des visiteurs qui n'ont en fait jamais existé.

Je reste étonné que Google ne soit pas en mesure de bloquer ces informations mensongères.
* * * * * * * * * * *

Comme de nombreux propriétaires de sites Internet, j'utilise le service Google Analytics pour analyser le comportement des internautes qui viennent le visiter. Ce matin, j'ai l'immense surprise de constater ceci :



Vous avez bien lu : dans un nombre non négligeable de cas (84 sessions sur un peu moins de 10000), les ordinateurs de mes visiteurs déclarent que la langue qu'ils utilisent n'est ni le français (fr), ni le français de France (fr-fr) ou le français du Canada (fr-ca), ni même l'anglais des États-Unis (en-us), mais bien le "Secret de Google.com, Vous êtes invités! Entrez seulement avec cette url spéciale ! Votez Donald Trump".

En analysant un peu plus, je me rends compte que les visites ont commencé le 12 novembre, soit 4 jours après les élections américaines.
Bon, cela s'explique : j'ai - vous le voyez - plutôt des visiteurs francophones, peu d'entre eux sont équipés de PC configurés pour le marché américain. Et ils ont certainement été contaminés avant le 8 novembre.

Je suis néanmoins époustouflé. Époustouflé que les systèmes d'exploitation des ordinateurs (la majorité des systèmes renvoient "non défini", puis il y a ISO, Windows, Linux et Macintosh) puissent accepter un code qui n'existe pas, ou qu'ils puissent simplement accepter une phrase aussi longue dans un champ qui devrait ne compter que 5 caractères au maximum.

Époustouflé aussi que Google n'ait pas vu cela, et qu'il ne prenne pas d'action pour empêcher que son nom soit associé à ce genre de messages intrusifs.

Ou alors, se pourrait-il que ... ? Je ne suis pas adepte des théories du complot. J'arrête là.

H

mardi 15 novembre 2016

Trump et la fin de la philosophie

(bon, d'accord, le titre est racoleur, et l'article survendu; Mais lisez tout de même)

Je viens de jouer à un jeu étonnant. Il faut pour cela un ordinateur, une tablette ou un smartphone relié à Internet. Vous allez sur Wikipedia, et vous cliquez sur "Article au hasard". Dans mon cas, je suis tombé sur une page consacrée à un boxeur canadien dont je n'avais jamais entendu parler : Cliff Graham.

Le jeu consiste ensuite à cliquer sur le premier lien de la page, puis sur le premier lien de la page qui s'affiche, et ainsi de suite jusqu'à ce que l'on arrive sur la page "Philosophie". Vous avez bien lu : il s'agit de montrer que toutes les pages de Wikipedia mènent à la philosophie.

En partant de la page d'un boxeur, combien de temps cela va-t-il me prendre ? Essayons. Je clique donc successivement sur :
18 mars,
jour,
soleil,
étoile,
corps céleste,
Univers,
Cosmologie,
astrophysique,
grec,
langue,
système,
ensemble,
omnis,
concept,
concept (philosophie),
philosophie.

15 clics, et le boxeur nous parle de philosophie. Impressionnant, n'est-ce pas ? Il paraît que cela fonctionne à chaque fois. Je n'ai pas tous testé, mais j'ai essayé plusieurs fois et, aussi étonnant que cela paraisse, ça fonctionne .

Essayons donc avec Donald Trump !
New York,
prononciation,
mot,
sons,
vibration,
degré de liberté,
translations,
géométrie,
mathématiques,
connaissances,
notion,
connaissance (philosophie),
Science (mais le second lien était philosophie !),
puis ça boucle sur science et connaissance!

Moralité : Donald Trump est l'homme qui (entre autre choses) arrive à faire disjoncter la loi de la philosophie (même si on n'est pas passé loin)

Qui en doutait ?

H